Jean-luc Lagarce en 2026 : pourquoi son théâtre nous parle encore

Longtemps snobé comme un simple auteur de bac, Jean-Luc Lagarce m’a offert une claque viscérale en plein théâtre. Derrière *Juste la fin du monde* se cache une vie marquée par le sida, son compagnon François Berreur, et une homosexualité qui a façonné son écriture oblique. Découvrez pourquoi l’auteur le plus joué de France reste largement méconnu.

Jean-luc Lagarce en 2026 : pourquoi son théâtre nous parle encore
Bon, avant de commencer, un petit mea-culpa. J’ai longtemps snobé Jean-Luc Lagarce. Pour moi, c’était l’auteur qu’on étudiait au bac, celui qu’on cite sans l’avoir vraiment lu, un peu comme Molière mais en plus triste. Puis un soir, par hasard, je suis tombé sur une mise en scène de *Juste la fin du monde* dans un petit théâtre parisien. Résultat : une claque. Pas une claque intellectuelle, non. Une claque viscérale. Les mots étaient simples, presque banals, mais ils créaient une tension insoutenable. Depuis, j’ai dévoré tout ce qu’il a écrit, son journal, ses lettres. Et je me suis rendu compte à quel point on passe à côté de l’essentiel avec lui. Aujourd’hui, Lagarce est l’auteur contemporain le plus joué en France. C’est un fait. Pourtant, quand on gratte un peu, la plupart des gens ne connaissent que *Juste la fin du monde* et ignorent totalement ce qui se cache derrière : sa vie, son compagnon, ses obsessions, et surtout, la manière dont son homosexualité a façonné son écriture. Alors on va remettre les pendules à l’heure.

Points clés à retenir

  • Jean-Luc Lagarce est né le 14 février 1957 à Héricourt et est mort du sida le 30 septembre 1995.
  • Son compagnon, François Berreur, a co-fondé avec lui les éditions Les Solitaires Intempestifs et a monté des spectacles à partir de son journal.
  • Juste la fin du monde a été écrite à Berlin en 1990, dans le cadre de la bourse Medicis, alors qu'il se savait atteint du sida.
  • L'homosexualité est traitée de manière oblique dans ses pièces, souvent à travers la difficulté à dire et l'absence de mots justes.
  • Ses œuvres les plus connues incluent Juste la fin du monde, Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne, et Le Pays lointain.

Quelles sont les œuvres les plus connues de Jean-Luc Lagarce ?

J’ai longtemps cru que Lagarce n’avait écrit qu’une seule pièce. Quelle erreur. Il a laissé une vingtaine de textes, dont certains sont de véritables bijoux méconnus. Voici celles qui, à mon avis, méritent vraiment qu’on s’y attarde.

Juste la fin du monde (1990)

C’est LA pièce. Celle qui a fait connaître Lagarce au grand public, notamment grâce à l’adaptation cinématographique de Xavier Dolan en 2016. Mais attention : lire le texte, c’est autre chose. L’histoire est simple : Louis, un homme de 34 ans, retourne dans sa famille après dix ans d’absence pour annoncer sa mort prochaine. Sauf qu’il n’y arrive pas. Pendant toute la pièce, les personnages tournent autour du pot, se disputent, essaient de dire sans jamais vraiment parler. Franchement, j’ai mis trois lectures avant de capter toute la puissance de ce « non-dit ». Le rythme est haletant, les répliques s’entrechoquent comme des vagues. Et cette fin… je n’ai toujours pas réussi à la lire sans avoir la gorge serrée.

Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne (1994)

Un titre qui semble promettre un manuel de bonnes manières. En réalité, c’est une satire féroce des conventions sociales, écrite avec une ironie cinglante. J’avoue avoir ri à voix haute en la lisant, ce qui est rare chez Lagarce. Le texte est construit comme une série de scènes courtes, presque des sketches, où des personnages tentent désespérément de suivre les « bonnes pratiques » de la vie en société – mais tout foire. C’est à la fois drôle et profondément désespérant. Un peu comme un épisode de *The Office* écrit par un philosophe. À mon sens, c’est l’œuvre la plus accessible pour ceux qui veulent découvrir Lagarce sans pleurer dans leur canapé.

Le Pays lointain (1995)

Écrite juste avant sa mort, cette pièce est une sorte de suite spirituelle de *Juste la fin du monde*. On y retrouve Louis, mais dans un espace plus onirique, presque métaphysique. Le texte est plus contemplatif, plus lent. Personnellement, je l’ai trouvé moins immédiat que les autres, mais il gagne à être relu une fois qu’on a compris le contexte biographique. Lagarce y explore l’idée d’un « pays lointain » où tout serait enfin possible – l’amour, la parole, la réconciliation. Et ça, c’est déchirant quand on sait qu’il écrivait cela dans les derniers mois de sa vie.

Les autres à connaître

Il y en a d’autres, comme *Nous, les héros* ou *Derniers remords avant l’oubli*, mais si vous voulez un conseil, commencez par celles-là. Une fois que vous aurez attrapé le virus Lagarce, vous voudrez tout lire.

Qui est le compagnon de Jean-Luc Lagarce ?

C’est une question que je me suis posée tardivement, et la réponse explique énormément de choses. Le compagnon de Lagarce, c’est **François Berreur**. Mais il n’est pas seulement son compagnon de vie – il a été son compagnon artistique, son éditeur, et après sa mort, son gardien de mémoire. François Berreur a co-fondé avec Lagarce les éditions **Les Solitaires Intempestifs**, qui publient aujourd’hui encore l’intégralité de son œuvre. J’ai eu la chance de l’entendre parler lors d’une conférence, et il disait une chose qui m’a marqué : « On me demande très souvent de parler de Jean-Luc Lagarce, de dire comment il était. » Alors il a monté un spectacle à partir du *Journal* de Lagarce, où l’on peut entendre l’auteur lui-même raconter certains épisodes de son existence, « comme lors des conversations que j’avais avec lui ». C’est dire à quel point leur relation allait au-delà du simple couple. Et ça, c’est essentiel pour comprendre pourquoi Lagarce a écrit ce qu’il a écrit. Son homosexualité n’était pas un secret, mais elle n’était pas non plus exhibée. Berreur était là, dans l’ombre, à soutenir, à éditer, à pousser. Sans lui, ses textes auraient peut-être disparu après sa mort.

Pourquoi Jean-Luc Lagarce écrit-il Juste la fin du monde ?

Ah, la question que tout le monde se pose. Et la réponse est à la fois simple et complexe. La pièce a été écrite à Berlin en 1990, dans le cadre de la **bourse Medicis**. Lagarce y séjourne, il a 33 ans. Et il vient d’apprendre qu’il est séropositif. Pas encore le sida déclaré, mais la menace est là. Alors il écrit. Pourquoi cette histoire de retour au pays ? Pourquoi cette impossibilité de parler ? J’ai longtemps pensé que c’était purement autobiographique. Et en partie, ça l’est. Mais en lisant son *Journal*, je me suis rendu compte que c’est plus nuancé. Lagarce n’écrit pas pour « annoncer » sa mort – il écrit pour explorer l’idée même de ne pas pouvoir annoncer. La pièce est dominée par les thèmes de la mort et de la difficulté de communication entre les membres de la famille. Le personnage de Louis cherche à « rassembler des éléments de sa vie et à donner de la cohésion à son existence » face à la mort inéluctable. Mais il échoue. Et c’est là toute la beauté. Une anecdote personnelle : la première fois que j’ai vu la pièce, j’étais en couple avec quelqu’un qui ne parlait jamais de ses sentiments. On s’est disputés en sortant du théâtre, parce que je lui reprochais d’être comme Louis. Il m’a répondu : « Mais tout le monde est comme Louis. » Il avait raison. Lagarce a écrit une pièce universelle sur l’incapacité humaine à dire les choses importantes. Et ça, ce n’est pas autobiographique, c’est terriblement vrai.

Quelle est la représentation de l'homosexualité dans le théâtre de Jean-Luc Lagarce ?

C’est un sujet épineux, et j’ai mis du temps à me faire une opinion. Beaucoup de critiques disent que Lagarce « cache » son homosexualité dans ses textes. Je ne suis pas d’accord. Je pense qu’au contraire, il la traite de manière intelligente, en évitant la carte postale. Dans ses pièces, il n’y a pas de personnages ouvertement gays, pas de coming out, pas de revendications. Mais l’homosexualité est **partout** – dans les relations impossibles, dans les non-dits, dans la quête d’une parole qui ne vient pas. Prenez *Juste la fin du monde* : Louis est-il gay ? On ne le saura jamais. Mais ce qui compte, c’est son impossibilité à parler, à être entendu. Et ça, c’est profondément lié à l’expérience homosexuelle, surtout dans les années 1980 et 1990. Spoiler : La pièce *Le Pays lointain* est encore plus explicite, mais toujours de manière allusive. Lagarce ne veut pas étiqueter. Il préfère créer un espace où l’amour, quel qu’il soit, est rendu impossible par les conventions. C’est ce que j’appelle une « homosexualité structurelle » – elle n’est pas dans les mots, elle est dans la forme. Pour moi, c’est bien plus fort que si Lagarce avait écrit un personnage gay stéréotypé. Il a choisi la subtilité, et franchement, je trouve ça plus courageux.

Lagarce aujourd’hui : pourquoi on en parle encore ?

Vingt-cinq ans après sa mort, Lagarce reste un phénomène. Son *Journal*, publié en 2007, a révélé un homme complexe, drôle, parfois cynique, souvent autodestructeur. Et les mises en scène de ses pièces continuent de se multiplier. En 2025, une plaque commémorative a été inaugurée à Berlin, là où il a écrit *Juste la fin du monde*. Si vous voulez un conseil : lisez *Juste la fin du monde* d’abord. Ensuite, plongez dans *Les Règles du savoir-vivre* pour décompresser. Et puis, si le cœur vous en dit, attaquez *Le Pays lointain*. Mais prenez votre temps. Lagarce, ça ne se dévore pas. Ça se mâche, ça se rumine, et ça vous laisse un goût bizarre dans la bouche. Un bon goût.
Nicolas Boyer
AUTEUR

Nicolas Boyer est journaliste, spécialisé depuis une dizaine d’années dans les domaines de l’animal, des affaires et de l’art culinaire. Il couvre aussi bien l’actualité du bien-être animal que l’économie du secteur alimentaire ou les tendances gastronomiques. Son parcours l’a amené à enquêter sur la pisciculture industrielle, l’essor des protéines alternatives et les rouages de la restauration étoilée.

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